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Naestro : La voix de la rédemption

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  • 13 mars
  • 5 min de lecture

Naestro, de son vrai nom Nabil Rachdi, était un immense champion de karaté et de MMA. Avant de basculer dans le milieu de la drogue.  C’est en prison qu’il découvrira sa voix, sa passion pour l’opéra et le chemin du succès.


Par Sébastien Noir

Photos : Fonds personnel NAESTRO 

 

Samedi 8 mai 2024. Le Belem fait son entrée dans le Vieux-Port de Marseille alors que résonne une voix de ténor entonnant

La Marseillaise. Le jour de gloire pour Naestro, qui n’aurait jamais imaginé être là, face à 250 000 personnes. Face au président Macron, au Premier ministre et à de nombreuses personnalités venues assister à l’arrivée de la flamme pour lancer les Jeux Olympiques de Paris. Et encore moins de chanter l’hymne national.  Aux larmes citoyens.

Surtout celles de ses parents. De ses frères. Enfin fiers de celui qui, pour eux, est toujours Nabil. Rachdi de son vrai nom. « Chanter

La Marseillaise est un aboutissement. Mais ce qui me ravit le plus, c’est de voir cette étincelle dans leurs yeux. J’attendais ce jour-là depuis mon enfance. Faire pleurer mon père, de joie, c’est tellement fort pour moi ».


« Si je n’avais pas dérapé, je serais certainement devenu avocat »

Car des larmes, son papa Mohamed en a versé énormément. Parfois de honte. Parfois de désespoir. Comme sa maman, Salima. Celles de ses frères, l’un CRS, Ramzi, l’autre gendarme, Hassen.

Dans le quartier de la Castellane, au nord de Marseille, la famille Rachdi est connue pour sa discrétion. Son aspiration à une intégration parfaite. Nabil rembobine : « Mon père m’a élevé à la dure, si on se loupait, il ne nous loupait pas. On prenait des claques de maçon, éclate-t-il de rire. Je devais toujours être premier de ma classe ».

Alors, Nabil travaille. Et les résultats sont là. « Si je n’avais pas dérapé, je serais certainement devenu avocat ». Il va connaître les prétoires. Mais assis sur le mauvais banc. Celui des accusés.

Il est des destins tout tracés. Mais bafoués. Des vies désirées. Mais cabossées. La faute à une rencontre fortuite qu’on aurait aimé qu’elle ne se passe jamais…

Âgé d’une quinzaine d’années, il fréquente une salle de sport et pratique la musculation. Un jour, alors qu’il effectue une séance sur une machine, il entend une voix derrière lui : « Pousse-toi ! » Nabil rétorque : « Je n’ai pas fini ». La réponse est immédiate : « J’ai reçu une gifle. Il avait 34 ans. J’ai voulu prendre les poids, lui jeter à la figure. Mais je n’ai pas pu. J’ai regardé mon visage, il était marqué. Je lui ai dit qu’un jour, je serai grand et que je me vengerai… »

Les oreilles encore bourdonnantes, les yeux emplis d’éclairs, l’existence de Nabil ne sera alors plus rythmée que par ce désir.

Alors, si à 16 ans, Nabil est l’un des plus grands espoirs français de karaté, vice-champion du monde, et enchaîne les victoires comme les bonnes notes à l’école, cela ne lui suffit plus. « Même si j’ai eu honte de lui dire pourquoi, j’ai affirmé à mon père que je voulais pratiquer un sport plus violent. Le MMA ».

A tout juste 17 ans, il détonne. Son entraîneur, qui a accepté de le prendre alors qu’il n’était pas majeur, met en garde ses frères : « Je n’ai jamais vu un tel acharnement, il ne recule jamais, même quand il prend des coups. Ce n’est pas normal ».

Nabil a tout pour devenir un champion hors norme. Mais sa motivation est tout autre : « Chaque séance, chaque combat, je ne pensais qu’à celui qui m’avait mis une gifle. Je voyais son visage face au mien. Je mettais tout le monde KO ».

 

Et puis, un jour…

Un jour, Nabil fait ses courses. Paisiblement. « Mon cœur s’est arrêté de battre. Il était là. Derrière moi. J’ai glissé à l’oreille de la caissière de ne pas s’inquiéter, que j’allais m’occuper de lui parce qu’il m’avait frappé ado. Je l’ai envoyé à l’hôpital deux mois. Et moi, je suis entré en prison pour un an ».

Dans la cour de l’établissement, les regards ne trompent pas. On peut y lire parfois de la méfiance, parfois du respect. Deux hommes, pourtant osent s’approcher de lui. Ils lui font une révélation et lui propose un marché : « On a entendu ce que tu as fait. Le mec que tu as frappé, c’est un chef de réseau. On veut s’associer avec toi et lui souffler son affaire. Tu as tes poings, nous les armes. A cet instant, je suis entré dans les stups à grande échelle. Et composté mon billet pour des allers-retours en prisons ».

Le voyou qu’il est alors brise toute une famille. Il en prend conscience aujourd’hui : « J’ai plongé les miens dans la honte. Imaginez la tête de mes frères face à leur hiérarchie. Mon père, arrivé en France pour être chauffeur de bus, sans parler un mot de français, qui se lève tous les matins à 5 heures. Les gens lui disaient que j’allais mourir car je faisais partie de la mafia. J’ai fait vieillir mes parents plus vite. J’ai toujours du mal à en parler, les larmes me montent instantanément aux yeux ».

Le sourire, lui, est pour plus tard…


O sole mio, trois mots pour un incroyable talent

Plus tard, Nabil se retrouve une nouvelle fois derrière les barreaux. Dans une petite cellule qu’il partage avec un certain Bruno, un détenu de nationalité italienne. Les relations, tendues au départ, deviennent amicales.

Et puis, un jour, Nabil veut raconter une histoire à son codétenu. Qui ne l’entend pas. La suite ? Nabil se souvient : « J’ai entonné trois mots. O sole mio. Ils ont résonné dans la prison. J’ai découvert ma voix ».

Le chef de détention, lui aussi, est surpris. Il ouvre la porte de la cellule et demande à Nabil de le suivre. « Je ne voulais pas. Je pensais que j’allais être puni. Mais… »

Dans son bureau, le chef de détention affirme : « Je suis un grand amateur d’opéra et vous êtes un vrai ténor ! Je vous laisse deux CD de Pavarotti, vous verrez ».

Enfermé à double tour, Nabil s’évade alors aux sons qui l’amènent dans une incroyable sarabande. Vers cette liberté qu’il n’a jamais réellement connue. « Je les écoutais en boucle. Bruno traduisait les paroles. C’est devenu une passion ».

Ainsi, parfois, des talents se révèlent. La France en possède et, quelquefois, ne le sait pas.

Tout naturellement, Nabil postule à l’émission de M6, La France a un incroyable talent. Là, sous les yeux éblouis et conquis du jury, de millions de téléspectateurs, Naestro vient de naître…

 

Bella Ciao, la révélation

Sortie en 2018, la réadaptation de Bella Ciao, bande originale de la série La Casa de Papel, remporte un immense succès.

En collaboration avec Maître Gims, Vitaa, Slimane et Dadju, Naestro, se fait connaître du grand public avec cette reprise. Avant de devenir le rappeur de la street, en interprétant des paroles d’un rap sur une musique d’opéra.

 

Naestro, grâce à son instritutrice

Nabil. Naestro. Le surnom arrivé de là où l’on ne s’y attendait pas. « Une institutrice de l’école, qui m’adorait et qui est devenue comme une amie de la famille, était venue manger à la maison.

J’ai annoncé que j’allais faire l’émission de M6 La France a un incroyable talent et que je cherchais un nom de scène. C’est elle qui a fait la contraction entre Nabil et Maestro ».


C’est dit

 « A l’époque, si quelqu’un m’avait dit que j’allais devenir chanteur d’opéra, j’aurais éclaté de rire et je l’aurais mal pris ».

 

« Soprano est ma plus belle rencontre artistique. Sopra est un vrai gentil, un diamant ».

 

« Je pense aux jeunes des quartiers qui ont du talent au fond

d’eux-mêmes. J’aimerais être un grand frère artistique, leur expliquer qu’il n’y a pas d’issue s’ils continuent sur la mauvaise pente ».

 

« Ils m’ont dit, Nabil, tu nous as fait pleurer. Vous imaginez, faire pleurer des voyous ! Que d’émotion ».

 

« Mon projet le plus fou était de chanter avec Roberto Alagna. Je l’ai fait ! Et c’est lui qui m’a intronisé comme nouveau ténor ».



 
 
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